
J’ai trié par couleur ces drapeaux du monde entier.
Du monde entier vraiment? Non, car il s’agit ici des 193 drapeaux du monde reconnus par l’ONU.
J’ai choisi de réaliser un diapason coloré de notre monde, et un temps de réflexion en suspend de la dramatique situation diplomatique en 2025.
Ce travail est un ready-made formé d’un kit de drapeaux grand public, dans lequel on retrouve les drapeaux de l’ONU – dont certains étaient en double.

Ici nulle présence des drapeaux des nations caribéennes ou natives d’Amérique du nord, qui revendiquent elles aussi leur légitimité. Celui de Taïwan – qui fait l’objet d’une controverse ambigüe de la part de la communauté internationale – ne faisait pas partie du kit bien qu’il devrait en être.
Depuis que l’oeuvre a été installée, l’état de Palestine a été reconnu par la France – je n’ai pas osé rajouter le drapeau à l’ensemble tant il me semble que cette reconnaissance n’est accompagnée d’aucun acte. Un drapeau de la Palestine de même taille a donc été installé en face de l’angle, seul, questionnant la responsabilité internationale vis à vis de ce peuple.

Et si en 2025, nous avions atteint le degré zéro de la nation?
Mon oeuvre évoque bien sûr toute cette complexité des nations et de leurs drapeaux, emblêmes de frontières stabilisées, d’états reconnus par le consensus international. Ordonnés par couleurs dominantes, bien serrés les une contre les autres, tous ces fanions vivaces vibrent au diapason chromatique, comme un temps suspendu, une énergie en tension qui tarde à se libérer.
Et pourtant la diplomatie – ou ce qu’il en reste – ne brasse-t-elle pas du vent?

Génèse
Une des étapes de mon projet ConcatéNATION, cette oeuvre est le fruit de la clôture de ma période Empreinte Bleue (2021-2024)lors de la dernière biennale de Lyon (voir ici l’installation Gestion des Bleus). Elle est apparue dans le même mouvement que mon travail Heures Couleur au printemps 2025, où je triais des ensembles d’objets par couleur, révélant une autre manière de considérer la vacuité de nos possessions et accumulations à l’heure où le risque de guerre mondiale se présente à nouveau.
J’ai donc installé pour la première fois GROUND ZERO NATION LEVEL dans un appartement lors de l’Aprile Festival à Lyon.
Là, dans un long couloir, elle a fait l’objet d’une première immersion avec le public.

Pourquoi GROUND ZERO NATION LEVEL?
Son titre aurait pu être un appel à une douceur internationaliste retrouvée comme :
ALL FLAGS HUG (En français : Câlin avec tous les drapeaux)
ou il aurait pu être une référence à l’ affaiblissement de la diplomatie :
YES WE FLAG ! (En français : Oui nous faiblissons !)
Puis ZERO NATION LEVEL est apparu à mon esprit.
Je lui ai préféré GROUND ZERO NATION LEVEL, pour faire référence au 11 septembre 2001, et à l’entrée de la « war on terror » que nous connaissons depuis. Ici, toutes les promesses de l’internationalisme positivé jusque dans nos livres d’école est requestionné.

L’oeuvre agit donc comme une démonstration simple et formelle : Un tri par couleur des drapeaux par dominante de couleur. Un jeu d’enfant !
En sous-couche, l’oeuvre bouillonne de paradoxes : Depuis quand n’avons nous pas revu notre copie internationale? Est-ce que chacun.e peut adhérer encore à cette mise à égalité absurde des nations entre elles par le truchement de ce petit drapeau, à l’heure où tout semble dominé par l’intérêt extractiviste des plus grands dirigeants et des firmes dont ils sont les pantins?
Elle révèle justement le résultat de l’histoire humaine à l’instant T, en donnant à voir les dominances par type de couleurs et nombre d’itérations de pays de la même zone géographique.
L’installation à la Friche Lamartine

L’oeuvre a été installée dans cet espace où se croisent musicien.n.es, plasticien.n.es et sérigraphes. Initialement pour un mois, je n’ai su l’enlever, comme si j’attendais que la situation mondiale ne s’améliore…Et l’ai laissée 6 mois durant.
Parfois ballotée par les vents des passant.e.s et les différences de température, d’humeur, elle a animé de façon radicale l’espace de vie. Tout à fait adapté à un espace qui cherche à questionner le lien entre les arts, notamment la musique qui, c’est bien connu, traverse les frontières.



Et ensuite?
L’oeuvre est amenée à se déployer à des échelles plus importantes, notamment avec des drapeaux de taille moyenne (100x150cm). Elle pourra venir requestionner les droits des peuples dans l’espace public et dans l’institution diplomatique ou culturelle.
Disposée en ligne, elle continuera de questionner le statut de la nation.
Disposée en épousant la forme d’un espace, elle viendra questionner l’architecture de pensée. Notamment les espaces Béton banché post modernes, typiques des structures institutionnelles génératrices d’inertie, d’aveuglement et de brutalité.
Disposés en cercle, moyennant un autre tri par couleur, elle pourra accueillir au centre un espace de jeu et de conversation rempli de coussins et oreillers..
L’installation peut se faire en regard d’autres installations, notamment à base d’objets existants (Série Presque riens)

