Architecture(S) ordinaire(S)

ARTLAB aux Maisons Castors de Villeurbanne

Architecture(S) ordinaire(S) – ARTLAB,  une exposition d’art contemporain en zone urbaine périphérique où les artistes mènent une réflexion sur l’habitat intime par leur approche singulière: vidéo, photos, sculptures, dessins et installations in situ.

Artistes exposant.e.s : Jules Bergé, Patrice Charavel, Marie-Agnès Charpin, Léo Collier, Jérôme Dupré la Tour, Elhadi ElHassar, Hélène Fief, Laurence Fischer, Christine Goyard, Jeanne Held et Marion Perol

Le plan moyen – installation aux maisons castor – Villeurbanne – 2025

A l’occasion des Journée nationales de l’Architecture, le collectif Maisons Castors de Villeurbanne a accueilli un accrochage d’oeuvres sur le thème de l’Architecture du quotidien. L’occasion de faire le lien entre l’expression d’artistes contemporains sur le sujet et l’histoire des bâtisseurs Castors, mouvement d’autoconstruction ouvrière d’après-guerre.

Certaines pièces de Grignote-âge (résonance à la biennale de Lyon 2022), ont été présentées à nouveau, réagencées sur table et rebaptisés Le Plan Moyen, en regard de ma vidéo Rémolition, présentée pour la première fois au public.

Le Plan Moyen

« Le plan moyen » – Cartons alvéolés, verre et plans d’architecte – Dimensions variables, 2022

Sur une mer de plans d’architecture glanées et disposés sur table, semble flotter une armada d’absurdes paquebots, trop longs pour être insubmersibles. 

Cette installation sculpturale formalise une réflexion à propos de l’architecture autoritaire collectiviste. Ici les œuvres en carton agissent comme des reflets, des artefacts, des archétypes de bâtiments brutalistes issus des pensées autoritaires et utopistes du XXème siècle. 

Ces assemblages de cartons alvéolés formulent une satire de la « machine à habiter » chère à Le Corbusier, et bien sûr au plan voisin qui fut son grand échec et sauva Paris d’une vision trop orthodoxe et hygiéniste de l’urbanisme. Ici l’oeil oublie le matériau pauvre utilisé par l’artiste au profit d’une expérience critique de l’architecture – austère et parfois carcérale – des grands ensembles urbains.

L’occasion, à l’heure du retour du fascisme et de la raréfaction annoncée des ressources pour la construction, de revoir son rapport aux imaginaires de l’habiter.

Rémolition

Rémolition – Captation Barre Monmousseau Vénissieux 2021 – Montage Vidéo inversé – 2022

En renversant la démolition d’un bâti obsolète, Jérôme Dupré la Tour choisit de nous faire vivre un paradoxe : Le drame social qui résulte des politiques d’urbanisme issues des trente glorieuses se heurte trop souvent à l’esthétique de la ruine qui accompagne la démolition des grands ensembles architecturaux. 

Ici seul le son n’est pas transformé, et l’image montée à l’envers laisse émerger une Rémolition, qui n’est ni une démolition, ni une reconstruction, mais une oxymore des deux. 

Une tentative ici de déjouer, dans un geste d’image simple comme un jeu d’enfants, l’un des plus malaisants théâtres de la société du spectacle.

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Les maisons castors Villeurbanne

Maison et jardin du patrimoine ordinaire de l’utopie castor (1945-1955), les maisons Castor furent autoconstruites dans un quartier populaire de Villeurbanne, banlieue abandonnant le pavillonnaire, pour une forte densification. Réalisées sur le modèle  coopératif, sans argent, les bâtisseurs Castors ont privilégié l’apport travail et l’entraide, avec récupération de matériaux, et d’ingéniosités partagées, parfois même avec un tirage au sort des maisons à l’issue de la construction collective. 

Le plan moyen – Vue de l’installation dans une maison castor de Villeurbanne

Les Journées du Patrimoine, les 20 ans de la convention de Faro pour les droits culturels, et les Journées nationales de l’Architecture m’ont mobilisé en 2025 en tant que guide matri/patrimonial aux Maisons Castors de Villeurbanne via l’association La ville édifiante.