Freed of us ?

Impression numérique, collage in situ – Friche Lamartine. Lyon, FR – 2024


J’ai rassemblé ici les drapeaux des pays du monde tournés à angle droit et des visages tirés de catalogues libres de droits créés par IA.

Une tension s’exprime ici entre la sympathie des couleurs des nations mises à espace égal, des portraits souriants familiers et la terrible classification des humains entre eux à l’oeuvre dans le monde.

Freed of us? est le premier volet de ConcatéNATION, projet de réflexion plastique sur la question de la nation et de l’identité.

L’œuvre Freed of us, c'est le contraire d'une promesse de libération : c'est la preuve de sa falsification sous les formes réifiées de l'identité nationale, de la globalisation et de la gouvernance algorithmique. Cette oeuvre réfléchit le fake comme forme achevée du libéralisme. Que la liberté soit simulée est certainement l'enseignement qu'on peut en tirer - une telle simulation est la fin dans une société du spectacle dont le produit est l'image, c'est à dire également où toute image, parce qu'elle y est consommée, y est irrévocablement détruite. Promesse d'identité close, comme dans cette oeuvre, où sa dispersion emporte avec elle, sur la ruine des états-nations, dans la recombinaison sans fin de leurs apparats fragmentés, morceaux de tissus de couleurs, héraldique muette, tout au plus motifs décoratifs, perdus à la promesse de libération qui est celle de tout nationalisme, la possibilité d'un portrait, comme dans un film de Verhoeven - l'IA ne recombinant que des visages morts, aplatis entre néofascisme et zombification. L'aplatissement auquel on reconnait le devenir couverture-de-magazine de toute image est l'autre nom de cet écrasement de toute subjectivité, en même temps que sa fragmentation, dans la forme globalitaire de l'hyper-spectacle. Etre libre, c'est s'y soustraire.
Jules Desgoutte



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