
Gestion des bleus – Détail de l’installation à la Friche Lamartine – Résonance biennale de Lyon – 2024
Heures couleur , c’est quoi?
Tout d’abord, c’est une installation d’objets, qui résulte d’un long parcours : Depuis toujours j’aiguise ma disposition naturelle à l’accumulations d’objets par des installations, expositions et performances-jeu en public (Projets Tepuco et Bandit manchot).
C’est aussi une réponse à une période bleue. Amenée par ma pratique de l’empreinte en argile puis la pratique du cyanotype sur papier et tissus (2021-2024), ma « période bleue » s’est close en septembre 2024 avec une installation in-situ, Gestion des bleus, puis une conférence performée BLEUE, où je signais un retour à la couleur et un abandon du monochrome comme structure de validation. En effet, le noir et blanc, tout comme le monochrome, sont en occident un gage de fiabilité, de sérieux, de congruence, là où la couleur semble être systématiquement désapprouvée, reléguée à la fantaisie, à l’enfance, à un internationalisme béat, à l’incapacité à signifier véritablement, au folklore populaire ou bien aux pratiques vernaculaires..
« La liberté consiste à faire tout ce que permet la longueur de la chaîne »
François Cavanna

Pour l’amoureux des couleurs que je suis comme pour chacun.e d’entre nous, retourner vers l’ensemble du spectre coloré (du gamut), semble être un acte de résistance qui opère à travers les multiples couches de signification de nos modes de vie, la joie au milieu.
Heures couleur, c’est aussi un rapport au temps. Une invitation à faire une pause radicale, dans notre usage du monde, pour apprécier les risques que nous encourons, alors que l’humanité persiste dans le risque de son autodestruction. Pour cela, une horloge conceptuelle est démontée, et réagencée autrement.
Une installation en appartement

En avril 2025, à l’invitation de Lou-Andréa Delavoipière-Anfray, j’ai installé Heures couleur pour la première fois in-situ, dans un appartement XIXème du centre de Lyon. Le cadre était une première édition lyonnaise du festival italien à Torino en Italie, rejouant une longue filiation d’échanges entre les deux villes : Àprile festival – Art en appartements.
Le public a été accueilli dans les lieux de vie ouverts temporairement pour y accueillir expositions et performances. Comme ce festival y invite, j’y ai performé une conférence déambulatoire : De l’art dans les couleurs.
A mes côtés, l’installation en duo des artistes Lucia Femia et Romane Courdacher, dont Lou-Andréa Delavoipière-Anfray a également assuré le commissariat d’exposition.





J’ai donc rassemblé de manière chromatique ces ensembles d’objets usuels, utiles ou intime, par couleur dominante. Leur agencement est assez libre et joueur et relativement protocolaire.
Le choix des objets se révèle ici varié car il s’agit en majorité des objets issus de mon propre lieu de vie.
Beaucoup de strates de lecture cohabitent ici : Un sociologie à laquelle je n’échappe pas révèle la dominante d’objets bleus dans ma vie, puis, noirs, rouges, verts, orange et jaunes, puis blancs.
Ici les objets noirs ont été retirés pour laisser leur force au cadran et aux aiguilles. Ces derniers viennent s’imposer dans l’espace de vie de manière arythmique, flirtant avec le design minimal, la déco qu’appelle un appartement haussmannien, et la gêne qu’ils occasionnent par rapport au risque nucléaire.












Le processus de tri par la couleur, non prémédité (en partie inconscient) crée de nouvelles connections entre les objets. J’aime à penser que ce n’est pas que du hasard, que nos objets parlent de nous et pas uniquement de soi : Par les choix éditoriaux de couvertures des livres qu’on amasse, nos choix de vêtements, les choix industriels dont nous sommes les cibles, nos goûts personnels particuliers…cette gamme riche qui se situe entre nos conformités et nos extravagances.
Associés dans le même espace aux heures blanches, qui sont les heures des trois catastrophes nucléaires majeures de l’histoire – parmi bien d’autres -, les objets sont ici en suspend comme s’ils avaient subi une vague radioactive. Ils semblent figés dans le même spectre. La couleur les rassemble et à la fois les unifie, les fait disparaître.
On dirait que le temps s’est (ou pourrait s’être) arrêté comme à Prypiat, ville d’Ukraine abandonnée par ses habitants peu après la catastrophe. Et pourtant, nous sommes dans la couleur, la vie. A la différence de Hans op de Beeck, qui lui recouvre tout en gris, je cherche davantage à faire vibrer une horloge, faite d’alarmes et de vivacités, pour nous rappeler que le risque nucléaire est toujours présent.


La conférence performée : De l’art dans les couleurs

J’ai démarré devant Empty clock, grand cadran vidé de ses horloges. Revêtu de sept couches de vêtements de couleur unies : Noir, puis vert, rouge, jaune, orange puis bleu et blanc. A chaque station, j’enlevais une couche jusqu’au blanc.
Après un départ où j’ai proposé à chacun.e de prendre une mini page de papier vierge plié, comme une invitation à réinitialiser sa machine à rêves d’enfant, pour partir à blanc, j’ai enlevé le voile noir et emmené le public à suivre le guide et déambuler dans les pièces de l’appartement.
Chaque station a été l’occasion d’explorer la symbolique de la couleur, ses définitions conceptuelles en toute plasticité, humour, et surprise.
La performance s’est terminée par le blanc, par une deuxième interaction avec le public, où nous avons dénoué ensemble des ficelles emmêlées, créant ainsi une lien dans ce moment partagé.





