Il y a un temps pour tout.
Il y a un commencement, une histoire et une fin.
Ce travail a été une genèse en peinture.
Lorsque ces toiles sont finies l’été 2015, déjà plus d’un an les séparent de leur débuts.
Les fondements de ce projet viennent des quelques Cuevas visitées à Grenade, où j’ai passé l’hiver 2013-2014, quelque part en exil et pour me retrouver après une période de perdition. L’été 2014 au retour d’un séjour avec mon père à Chamonix, et j’élabore alors ce projet pictural à partir des CLUSES, ou fissures dans la vallée, ECLUSES, ECOULEMENTS, GRANDS ENSEMBLES GRANITIQUES.

Je cherche alors de grandes toiles pour réaliser un travail grand format qui engage tout mon corps. A la friche Lamartine le peintre Jean-Pierre Olinger me prêtera son atelier, et le peintre de l’effacement Jean-Luc Blanchet me revendra 6 grands formats carrés de 2mx2m qu’il voulait détruire : Sur trois toiles sont laissés à la laque glycéro noire les phrases « RIEN A VOIR » et « NO MORE IMAGES », les trois autres toiles étant couvertes de motifs.
Alors a surgi en six mois cette série de 6 peintures étranges, caverneuses, chtoniennes, brutales et à la fois tout en finesse, subtiles et barbares. Elle ont permis, après un temps de chaos créatif à corps perdu entre l’automne 2012 et l’automne 2013, une forme de réunion du corps et de la psyché.

Démarche (texte écrit en 2015)
Etant d’un naturel à questionner la nature des choses, naturellement mes peintures se présentent comme des questions en mouvement. Des gestes dansés organisent un espace, puis les éléments s’avancent comme au théâtre : formes organiques et abstractions s’enlacent, s’agencent, créent des tensions, racontent mille histoires a posteriori d’une lutte.
A la recherche traditionnelle du sujet de la peinture, j’inverse le procédé pour démonter la mécanique de l’image. Par le geste. Je souhaite recréer une proximité entre des formes connues, facilement reconnaissables et signifiantes. Mon esprit est celui du funambule sur la crête d’une montagne : Danser sur le fil de l’évocation pour stimuler l’imaginaire.
Je réside dans la salle de jeu, pour libérer la matière de ses empêchements. L’essentiel pour moi est de questionner la joie, que cela passe par des choses gaies ou cruelles, tout en laissant une grande marge d’interprétation : ouvrir l’éventail émotionnel en grand, ainsi chacun pourra voir, regarder et décrire à sa manière ce que le miroir lui renvoie.
Par l’usage du dessin et le jeu des formes et des couleurs, je m’approche d’un équilibre qui nous informe de la valeur intemporelle des formes animales, végétales et minérales. Un langage s’avance. Des trajectoires s’animent.
Ces peintures, par leur grande taille et leur forme carrée, situent le spectateur à un niveau vibratoire qui convoque son corps et son histoire. Pour cela j’accepte de laisser vivre les imperfections, de leur donne leur place, de les faire tenir debout, de les tailler aussi comme la vigne. Tout mon travail agit comme une empreinte, comme une trace d’un passage, en filigrane d’une vitalité. Mes peintures sont autant des cartes que des voyages.
Une lecture est possible autour de la fécondité car elles évoquent la naissance comme la fin.
Avec comme objectif : nous ramener à l’ici et maintenant.
Mon engagement est, par ces toiles qui ont du corps, d’insister à ma manière sur la révélation du corps comme absolu, comme inaliénable car vivant.
Elles parlent aux enfants comme aux vieillards en nous. J’y place mes espérances de vie, et ai confiance que celles-ci comme les futures continueront à révéler longtemps des parts d’elles-même à ceux qui les côtoieront.
D-PAINTS (Mentalo vampire hunting)

Acrylique et huile sur toile abandonnée par Jean-Luc Blanchet.
Cette peinture aquatique et charnelle a une histoire : Il y fut inscrit la phrase « Rien à voir ». Sa base était grise, résultant d’un effacement. S’y jettent des grands mouvements qui évoquent une biomécanique des fluides. On y lira facilement le corps et ses 80% d’eau. Pour moi il s’agit d’un combat entre le mental (à gauche) symbolisé par le bleu cyan et la vérité impérieuse du corps, qui dans un élan vital emporte l’être vers l’avant avec ses chairs tonitruantes (à droite). Il s’agit d’une extraction, d’une chasse au vampire qui pousse la cérébralité à se mettre au service de la vie, comme un cri vers l’avant. On y voit une naissance, une pulsion d’exister qui transcende les aléas de nos parcours.
BARONNERIE Y (Transmission)

Acrylique et huile sur toile abandonnée par Jean-Luc Blanchet.
Cette toile a aussi recouvert une phrase écrite en plein milieu : « No more images ». Comme après chaque guerre, s’impose un « plus jamais ça », après la Shoa, après chaque horreur. Que peut-on encore figurer ? Ici nous sommes après une bataille ; la toile fut travaillée à 90°, et après un combat gestuel, m’est apparu un grand guerrier en armure, japonais, hidalgo ou aztèque. Il regardait vers la gauche -le passé – dans son habit dramatique. Alors j’ai pivoté la toile, pour la remettre dans le sens de la phrase, et ai travaillé les liens. On y a vu une naissance en germe. On est bien après les joutes des vieux barons d’antan, les armes sont rendues au sol ; c’est la place pour une nouvelle génération pleine de promesses.
TERRE-DE-BAS-VENTRE (Family life)

Acrylique et huile sur toile abandonnée par Jean-Luc Blanchet.
Cette toile recouvre un motif floral sur fond gris : Comme un parterre oublié au fond d’une grotte où émerge une danse furieuse et douce à la fois. J’ai créé ici un espace scénique où des éléments primordiaux très simples se retrouvent embarqués (Boule de terre, de feu, d’eau) dans le même schéma. Les lois de l’attraction sont montrées du doigt ; Des entités semblent se défier, se côtoyer malgré elles, et s’accepter avec éclat.
Tout ici est un jeu de profondeurs variables : ce qui s’approche au-devant pour l’un s’éloignera pour l’autre. Des écrins en perspective, rendant leurs relations très complexes. Pour moi c’est raconter l’histoire de ce qui se tisse ici entre les êtres, qui sont abstraits et très concrets à la fois. J’exprime je crois un imaginaire très astral relié par une arithmétique (fils tendus), qui m’évoque la vie de l’enfant avant la naissance (bas-ventre).
J’y vois aussi mon imaginaire des îles de la Guadeloupe, et précisément l’archipel des Saintes qui m’en a évoqué le titre (Terre-de-bas), comme on avance dans une fractale au milieu de l’océan.
SACRUM (Birth wave)

Acrylique et huile sur toile abandonnée par Jean-Luc Blanchet.
D-JINNS (Big cave)

Acrylique et huile sur toile abandonnée par Jean-Luc Blanchet.
FOX GALLOP (3 poles dance)

Acrylique et huile sur toile abandonnée par Jean-Luc Blanchet.

Rachetées à bas prix à Jean-Luc Blanchet, peintre de l’effacement, j’avais pris pour seul engagement de les recouvrir et de les signer à nouveau.

Remerciements pour leur soutien apporté à ce projet à :
Jean-Luc Blanchet, Jean-Pierre Olinger, Valérie Brignier, Sacha Aïb, Nicolas Cluzel, Arnaud Lepley, Andréa Kokora Kouadio, Armelle Boussidan, Henri Granjean, Rémi Dupré la Tour, Louise Le Goaziou, Brigitte Dupré la Tour, Santiago Marti, puis plus tard Arnaud Chevalier et Laetitia Mongeard.