A propos
Jérôme Dupré la Tour (Né à Buenos Aires, 1982)
Jérôme Dupré la Tour agence des objets existants pour tisser des relations entre les choses et le monde qui les produit. Né à Buenos Aires de parents français, il a grandi en métropole puis en Guadeloupe durant les années de l'enfance qui impriment le monde. Il travaille depuis ce territoire d'identité stratifiée comme d'une matrice — collectant, assemblant, reliant à la manière d'un archipel ce qui semblait épars. Chaque jointure ouvre un sens plutôt qu'elle n'en fixe un. Son travail entretient un lien au vivant par des objets reconnaissables arrachés à leur usage, porteurs d'un héritage traversé par la transdisciplinarité, la transnationalité et une pensée du queer comme le lieu du lien et du multiple.
Il glane — par sérendipité, par attraction, par mystère. Les objets collectés coexistent dans son atelier et son espace de vie, attendant d'être entourés d'autres éléments pour faire sens. Ce processus sédimente : certains assemblages prennent vite, d'autres mûrissent longuement, d'autres encore ne trouvent leur forme qu'au moment où il s'en sépare. Peu d'artifices : des collaborations entre matières prennent forme dans le juste nécessaire pour que quelque chose se révèle sans être fabriqué. L'espace d'exposition devient plateau de jeu en lien avec sa pratique performative — objets au sol, sur socles, sur tables. Sa présence auprès du public, fréquente et engagée, prolonge l'assemblage : le langage et le corps comme derniers matériaux. "J'ai toujours regardé les choses, pensant qu'elles révélaient un secret."
Actif depuis 2002 dans les scènes expérimentales et alternatives, il a développé une pratique ancrée dans la durée et le collectif — Friche Artistique Lamartine depuis 2010, collectif Abi/Abo écritures transversales, collectif Astrolab pratiques de l'image. Cet ancrage est constitutif de sa pratique — une façon d'œuvrer depuis le partage et le vivant. Il est également l'auteur de pratiques parallèles et affluentes : l'aquarelle miniature sur le vif, l'empreinte en argile et photogrammes, la photographie prospective de sa vie intime. Plus récemment, il collecte des portraits générés par intelligence artificielle — qu'il noie dans la cire ou superpose à des drapeaux — explorant l'IA comme mode fantôme de nos existences, conditionnée par les ressources du monde physique qu'elle prétend dépasser.
Son travail a été présenté en France dans le cadre des Biennales de Lyon 2015, 2022 et 2024, et à l'international à Chypre — où il est représenté depuis 2024 par la Velychko Gallery — ainsi qu'au MAXXI de Rome. Parmi ses expositions solo significatives : "Infra-ordinaire" (Friche Lamartine, 2022), emblématique de sa pratique de l'assemblage à partir de l'existant, et "Aï Aï Aï ! promptement, la guerre commence en soi" (Friche Lamartine, 2026), saluée par les professionnels et témoignant d'une audace plastique affirmée.
Il est diplômé de la HEAR Strasbourg (DNSEP Illustration, 2006) et de l'École Émile Cohl de Lyon (Diplôme de dessinateur-concepteur en multimédia, 2005).